Racisme : comment votre cerveau le produit ?

Rédigé le 29/03/2025
Jean-Louis Lascoux

Le racisme n’est pas une opinion mais un déséquilibre cognitif : une erreur dans la façon dont le cerveau perçoit, interprète et réagit à la diversité.

Voici une application culturelle de la Théorie de l’Ajustativité Générale (TAG) et notamment de la Théorie du Cerveau Corrélatif et de l’Harmonisation Ajustative (TCC-HA).

Le mot « racisme » fait l’effet d’un signal d’alarme. Mais que désigne-t-il exactement ?

S’agit-il d’un sentiment, d’une idéologie, d’un comportement ? Le racisme n’a rien d’un bloc monolithique. Il se manifeste sous plusieurs formes, parfois entremêlées, qui trouvent dans cette diversité des arguments justificatifs apparemment cohérents. Pour mieux le comprendre, il convient d’en proposer une typologie, d’en illustrer les expressions, puis d’en analyser les fondements cognitifs communs

J’offre ce travail à tout humain qui se sent concerné par l’idée de l’intelligence appliquée dans les relations.

Alors, pour approcher le phénomène sans le figer, il est utile de l’analyser selon une lecture systémique des dynamiques d’exclusion et de revendication identitaire. En effet, vous pouvez établir des liens avec TOUTES les formes d’exclusion et de mise à l’index. 

Trois formes de racisme

L’étude systémique des interactions en communication – SIC permet d’identifier trois formes de racisme qui ont en commun des discours d’exclusion, par revendication identitaire. Ces discours fustigent l’autre en tant qu’il n’est pas méritant de quelques avantages qui seraient un droit naturel, culturel et institutionnel de soi. Ces variantes mettent à l’index ceux qui seraient des « assistés », des « délinquants » par nature. Et le racisme génère une réponse en miroir,  laquelle  est vue par les premiers comme un scandale inadmissible, tandis qu’il ne s’agit que d’une réplique en surenchère.

1. Le racisme de supériorité

« Je te méprise parce que je me crois supérieur à toi. »

C’est la forme la plus connue : celle de la domination revendiquée. L’autre est perçu comme inférieur par nature ou par culture. Cette forme de racisme est fondée sur des arguments ancrés sur des postulats d’ignorance. Elle s’exprime par l’énonciation de fortes convictions.
Exemples : doctrines colonialistes, ségrégation raciale, hiérarchies sociales fondées sur la couleur de peau ou l’origine.
Dans l’histoire : la controverse de Valladolid illustre parfaitement cet aspect. mais on en retrouve la même modélisation dans le nazisme et toutes les formes de revendication de supériorité, de privilège naturel, culturel ou divin.

2. Le racisme de légitimation ou d’organisation

« Tu n’as pas ta place dans l’ordre que je veux maintenir. »

Ce racisme est structuré, souvent intégré à un système ou une idéologie. Il sert à justifier des règles, des lois, des politiques ou à renforcer une cohésion identitaire.
Exemples : lois d’apartheid, politiques d’exclusion, nationalismes fermés, dispositifs religieux d’exclusion, communautarismes défensifs.
Dans l’histoire :  la Constitution sud-africaine sous l’apartheid, les lois de Nuremberg en Allemagne nazie, les politiques de peuplement ségrégationnistes.

3. Le racisme de souffrance 

« Tu es la cause de mes difficultés. »

Ici, le rejet de l’autre est la conséquence d’un ressenti d’injustice sociale ou d’exclusion. C’est un racisme de réaction qui est une forme de défoulement émotionnel et politique.
Exemples : désignation des immigrés comme responsables du chômage, des personnes perçues comme « privilégiées » comme cause de la précarité des autres. Expressions racistes de la part de population subissant des oppressions économiques.
Dans l’histoire : les violences contre les travailleurs italiens, irlandais ou maghrébins en Europe au 20e siècle ; les pogroms justifiés par la “protection de l’emploi local” ; les campagnes xénophobes contemporaines contre les réfugiés. 

Une typologie synthétique

Tableau récapitulatif des trois formes de racisme selon leur origine, leur cible et leur justification rationalisée.

FormeMoteur principalCible de l’exclusionJustification affichée
Supériorité Croyance en une hiérarchieL’autre “inférieur”Biologie, culture, valeur, intelligence prétendue
Souffrance, contestation des oppressions Frustration, misère socialeL’autre “envahisseur”Compétition, perte d’identité, précarité, misère, déclassement
Organisation autoritaire, protection des pouvoirs en placeVolonté d’ordre et d’unité, culture identitaire d’exclusionL’autre : “inadapté”, “menace”Règles, valeurs, stabilité, tradition, ordre, sécurité, unité culturelle

Comme vous pouvez l’observer, ces formes coexistent, se nourrissent mutuellement et s’enchevêtrent dans les discours ou les politiques.

Ce que toutes ont en commun : un défaut dans l’architecture neuronale

Selon la Théorie du Cerveau Corrélatif et de l’Harmonisation Ajustative (TCC-HA), toutes les formes de racisme reposent sur des défauts dans les connexions neuronales. Ces défauts altèrent la capacité de l’individu à ajuster sa pensée, à traiter les différences et à raisonner dans la diversité.

Ces défauts se manifestent selon trois modalités majeures :

  1. L’adversité :
    L’autre est perçu comme un danger, un ennemi, une source de menace. Il devient un élément contre lequel il faut se défendre. L’absence d’ajustement dans l’expérience ou la pensée génère une relation de combat, de défiance ou de rivalité, au lieu d’une cohabitation cognitive.
  2. Le manque d’altérité :
    L’autre n’est plus reconnu comme un être singulier, mais réduit à une fonction (envahisseur, concurrent, obstacle), une étiquette ; il est plus vu comme un symbole déshumanisé, un stéréotype. L’autre est une menace. Cela traduit un déficit de reconnaissance de la différence comme richesse ou comme réalité.
  3. Le déficit de rationalité :
    Les croyances, certitudes et convictions ne sont plus revisitées. Le raisonnement devient binaire, l’émotion domine la pensée.  Il y a non-usage de la pensée critique, et le cerveau fonctionne en surenchère réactive, non en ajustement conscient. La conscience active est très affaiblie, voire absente, limitée à l’état primaire de sentience (ce qui existe chez de nombreux animaux et précède l’état de conscience passive chez les humains et n’évolue guère chez beaucoup par défaut d’usage de la réflexion).

Ces trois défauts correspondent aux perturbations dans les trois modalités cognitives de traitement de l’information : affective (croyances), analogique (certitudes) et analytique (convictions), abordées en profondeur dans la TCC-HA​ qui fonde les enseignements en ingénierie systémique relationnelle et médiation professionnelle.

Sortir de l’illusion raciste

Le racisme n’est pas un simple jugement ou une émotion ni une fatalité, mais un dysfonctionnement de la pensée, une construction mentale figée. Il ne s’agit pas d’un « vice moral », mais d’un blocage dans l’ajustement cognitif et dans l’harmonisation relationnelle. Il peut être transformé avec une pensée ajustée, dès lors que l’on met en œuvre des processus éducatifs et réflexifs qui mobilisent la conscience active, la reconnaissance de l’altérité et l’usage structuré de la raison.

Il relève autant de l’histoire, de la culture que de la neuroplasticité cérébrale. Pour le déconstruire, il faut donc autant des outils éducatifs que des moyens de régulation cognitive, pour restaurer la capacité d’altérité, de rationalité, et de cohabitation pacifiée.

Il s’agit moins de combattre des idées que de transformer des schémas mentaux.

Par la reconnaissance de l’autre, l’usage de l’altérocentrage, la restitution de sens, la régulation des croyances et la mise en œuvre de l’harmonisation ajustative, nous pouvons contribuer à désamorcer les logiques racistes et à ouvrir la voie à une pensée élargie, lucide et pacifiée.

En bref : reconnaître le racisme comme un déséquilibre cognitif, c’est ouvrir un chemin rationnel vers sa disparition. Ce n’est pas une lutte contre les personnes, mais une intervention sur les structures mentales figées, que seule une conscience active peut transformer.

Une recommandation : Actualise ton cerveau !