Quand on veut parler de la tendance à se laisser embarquer progressivement dans une situation contraire à son bien-être ou son intérêt, on convoque souvent la métaphore de la grenouille qui passe à la casserole. Stop ! C’est une métafoire !
D’accord, il s’agit d’illustrer l’adaptation progressive à une situation nuisible, jusqu’à un point critique où il est trop tard pour réagir. Mais cette analogie est bidon !
Pourquoi cette métafoire fonctionne-t-elle si bien ?
❌ Faux ! Une grenouille plongée dans une eau qui chauffe lentement ne reste pas passivement dedans : elle détecte le changement et se tire bien avant l’instant fatidique.
❌ Faux ! Une grenouille jetée dans l’eau bouillante ne saute pas hors de la casserole : elle meurt instantanément sous l’effet du choc thermique.
🧠 Si le cerveau était une batterie de 20 watts, alors la 🐸 grenouille pourrait être un thermostat vivant !
Une arme de manipulation massive
Parce qu’elle joue sur nos biais cognitifs et sur une vision dramatisée du monde :
🐸 L’habituation : l’humain s’acclimate progressivement à des situations délétères sans réagir.
🐸 L’effet de gradualité : une détérioration lente semble moins alarmante qu’un changement brutal.
🐸 L’escalade d’engagement : plus on investit dans une situation, plus il est difficile d’en sortir.
🐸 La justification des dérives autoritaires : « Vous ne voyez pas que c’est en train de s’aggraver ! »
🐸 La fable déguisée en science : une histoire qui agite la peur, ça c’est bon, simple et frappante qui tend à anesthésier la contestation intellectuelle, en la rendant agaçante.
Ce type de métafoire pose un problème d’argumentation, car il donne l’illusion d’un raisonnement basé sur des faits, alors qu’il repose sur une élucubration analogique. C’est typiquement le genre de faux exemple qui participent des cognitions cardinales, en l’occurrence de la fabrique des certitudes, en dégradant la représentation rigoureuse de l’expérience
Cette métafoire est utilisée pour expliquer la fabrique du consentement :
🐸 en management → « Si on augmente la charge de travail progressivement, personne ne bronche. »
🐸 en politique → « Les libertés disparaissent peu à peu, et quand on s’en rend compte, il est trop tard. »
🐸 dans les débats écologiques → « On ne se rend pas compte que notre planète est en train de brûler. »
Ce propos ne signifie pas que le phénomène d’habituation n’existe pas, il signifie que ce n’est pas rigoureux ni pertinent de l’illustrer par un bidonnage intellectuel, parce que cela rend les causes encore plus difficile à défendre.
Les conséquences d’un raisonnement faussé
- 🐸 L’inventivité est bridée → La peur du changement et la focalisation sur des scénarios catastrophiques limitent la capacité à imaginer d’autres possibles.
- 🐸 La pensée se fige → Elle reste enfermée dans une logique de gestion des risques, au lieu d’explorer des solutions créatives et adaptatives.
- 🐸 Les mesures prises sont avant tout sécuritaires → La priorité est donnée au contrôle et à la restriction, souvent au détriment de l’innovation et de la résolution proactive des problèmes.
- 🐸 L’adhésion à des discours alarmistes devient une norme → Le narratif de la menace impose une vision du monde où l’anticipation se confond avec la crainte, renforçant les postures défensives plutôt que les dynamiques constructives.
- 🐸 L’engagement devient contraint → Plutôt que de favoriser une prise de responsabilité éclairée, on pousse à une acceptation passive des règles et des restrictions.
- 🐸 La pensée critique est inhibée → Une fois que la métafoire a façonné une « vérité » perçue comme évidente, questionner cette représentation devient un acte suspect ou inconfortable.
La métaphore de la grenouille qui se laisse ébouillanter dans une casserole est aussi métafoireuse que l’idée d’un cerveau qui pourrait alimenter une lampe de 20 watts. Les deux partent d’un fait réel (le cerveau produit de l’électricité, la grenouille perçoit la chaleur) mais les extrapolent faussement. Les deux représentations surfent sur la crédulité et compromettent la réflexion critique en suggérant des évidences qui n’ont rien de scientifique.
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